Le parlement européen a pris toute une session pour parler du Cameroun

La bataille géopolitique que se livrent les Etats du parlement européen pour les richesses du Cameroun est une lapalissade de nos jours. Le parlement européen vient de prendre toute une session pour parler d’un seul pays : le Cameroun. Pourquoi ce pays semble-t-il si important pour ces européens ? Le 18 avril dernier, le parlement européen a adopté une résolution contre le pouvoir de Yaoundé. Une résolution qui « déroule une litanie de contre-vérités sur la situation socio-politique et sécuritaire du Cameroun » selon le Sénat camerounais. On ne le dira jamais assez : « le Cameroun c’est le Cameroun ». Un pays qui visiblement donne du retors à la communauté internationale depuis le temps des Allemands.

Le parlement européen a fait son show

Il est clair que des pressions se font beaucoup plus ressentir sur le gouvernement depuis l’incarcération du leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). Un des candidats malheureux à l’élection Présidentielle du 07 octobre 2018 qui refuse d’accepter les résultats officiels et défie les institutions du pays par mots d’ordre contre l’ordre public. Cette résolution présente onze points qui, selon les parlementaires européens, résolvaient les tensions sociopolitiques de la République du Cameroun. Aussi peut-on lire que sur les exactions de la secte djihadiste Boko haram perpétrées dans l’extrême-Nord, il y a des sorties de piste des forces de défenses. L’usage disproportionné de la force par l’Etat dans la crise sociale au Nord-Ouest et au Sud-Ouest.

Sur l’arrestation des militants du MRC le 26 mars 2019, et de son leader après une marche interdite et non déclarée, l’eurodéputé britannique Charles Tannock parle des atteintes graves qui préoccupent dans « la législation anti-terrorisme de 2014 ». Le parlement européen exhorte donc le pouvoir de Yaoundé de libérer tous les militants de ce parti et d’instaurer un dialogue inclusif pour régler les crises sociales. Sur ce dernier point, René Emmanuel Sadi avait déclaré devant un parterre de journaliste le 11 mars 2019 que : « Les arrestations et détentions de certains militants du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), et de leur leader, sont strictement conformes aux lois et règlements du Cameroun, ainsi qu’aux conventions internationales ratifiées par le Cameroun ». Après la publication de la résolution des eurodéputés, le ministre Réné Sadi a déclaré que le gouvernement camerounais « exprime ses regrets quant à la démarche menée par le parlement européen ».

Réaction de l’assemblée nationale et Africaine

Pour celui qui vit hors du Cameroun, la tentation de croire au rapport du parlement européen peut être grande. Ce d’autant plus que ce ne sera pas sur Facebook qui diffuse de tout et de rien que l’on ira chercher la véracité des faits. C’est pourtant là qu’ils semblent être allés puiser. Du moins, c’est ce qu’amène à penser la position du parlement européen. L’Assemblée Nationale du Cameroun n’a pas tardé à réagir. Le président de la chambre basse du parlement a tenu à rappeler que « la souveraineté du peuple camerounais s’exerce à travers le président de la République et/ou ses représentants à l’Assemblée Nationale ». Par la bouche de son Président Cavaye Yeguié Djibril, elle exhorte les parlements du monde, dont le parlement européen, « à joindre leurs efforts afin de mettre un terme à la menace terroriste et aux violences qui affectent le quotidien des populations des localités en conflit ».

La chambre haute du parlement Camerounais a aussi rejeté fermement cette prise de position. Elle est remplie de « contre-vérités », peut-on dire avec Marcel Niat Njifenji, le Président du Sénat. Ce dernier déclare que « le Sénat est convaincu de la pertinence des mesures prises par l’Etat du Cameroun pour juguler les violences perpétrées par la secte terroriste Boko haram dans l’Extrême-Nord et apaiser la situation dans les régions du nord-Ouest et du Sud-Ouest ». En réponse à son homologue européen, le Parlement Panafricain (PAP) vient de durcir le ton. Dans une communication, il a déploré « le non-respect du cadre de concertation mis sur pied entre les deux institutions lors du Sommet entre l’Union Africaine (UA) et l’Union Européenne (UE) tenue en novembre 2017 ». Une position qui épouse celle du parlement Camerounais, en somme.

Le Président du Parlement Panafricain, dans un communiqué demande à ses homologues d’utiliser des voies propres à une enquête parlementaire normale. Par exemple, il suffisait au parlement européen de venir sur place « pour procéder à un recoupement d’informations qu’ils considèrent comme contraires aux règles démocratiques ». Il conclut dans sa communication que malheureusement, tel qu’il a été procédé, « il serait difficile de ne pas parler de partialité ». Cela rejoint un peu le Sénat qui leur avait formulé la même attente afin que ses membres se fassent leur propre opinion sur la vraie situation socio  politique et sécuritaire au Cameroun. Cependant, Roger Nkodo Dang est de nationalité Camerounaise et on peut directement y voir glisser un conflit d’intérêt. Et ceci avec raison, quoique ce soit la position de tout le parlement africain.

Opposition à l’intérieur du parlement européen

Aussi est-il important de faire remarquer que dans cette même session du parlement européen, Dominique Bilde du Front National (FN) de Le Pen s’est opposée à ce point de vue et a même rendu « un hommage appuyé aux forces armées, ainsi qu’aux civils camerounais engagés dans une lutte sans merci cotre Boko haram ». Elle a aussi déclaré que « les dissensions entre anglophones et francophones sont moins le faits d’antagonisme profonds que d’intérêts économiques biens compris ». Dans son exposé, elle pointera clairement le doigt sur les intérêts pétroliers. Des personnes tapies dans l’ombre veulent mettre la main sur des énormes réserves d’hydrocarbures en régions dites anglophones.

Quant à Jean Luc Shaffhauser qui a visité le Cameroun plusieurs fois, eurodéputé du Rassemblement Bleu Marine (RBM), « Paul Biya occupe le pouvoir depuis 37 ans. Toutefois, c’est 37 ans de stabilité. Quand je regarde les autres pays, le Cameroun fait bonne figure ». Ces deux eurodéputés ont pris le parti de l’Etat du Cameroun. Ils sont allés jusqu’à demander à leur homologue de ne pas fermer les yeux sur les conséquences négatives de l’ingérence européenne sur les affaires internes africaines. Le cas de la Libye détruite par Nicolas Sarkozy, qui jusqu’à ce jour reste un non Etat reste une blessure encore fraîche à la face du monde. On reste cependant surpris, comme l’est le président du parlement panafricain, monsieur Nkodo Dang, que « tout une session du parlement européen a été consacrée à un pays Africain. En l’occurrence, le Cameroun ». Ceci révèle non seulement l’importance de ce pays dans la géopolitique mondiale, mais également la grosseur des intérêts, donc de l’appétit qu’il suscite au sein même des prédateurs internationaux masqués tantôt en donneurs de leçons, tantôt habillés en pompiers pyromanes.

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Simon Ngaka

Directeur de la Publication de Saimondy, Journaliste à l'hebdomadaire "ça presse", Analyste géopolitique, Écrivain, Ingénieur de son, Auteur - Compositeur et Producteur de musique. Simon Ngaka est aussi webmaster. En 2009, il met sur pied le groupe des sites de communication Saimondy (.com, .net, .org. et acheteraucameroun.com). Téléphone : +237 - 699340064 / Email: saimondy@gmail.com

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