Franc CFA en débat à Paris. entre Kako Nubukpo et Lionel Nzinzou

Pour parler du Franc CFA, la monnaie utilisée dans 14 pays d’Afrique, il faut être à Science Po Paris le 14 octobre prochain. Quelle incongruité ! Face à l’économiste Togolais Kako Nubukpo anti-Franc CFA, le Franco-Béninois Lionel Nzinzou pour qui cette monnaie coloniale est une chance pour l’Afrique en 2019. En somme, la France, au travers du Conseil Présidentiel Pour l’Afrique (CPA) mis sur pied par Emmanuel Macron en 2017, va offrir en spectacle les enfants d’un même continent qui vont s’étriper à son autel des sacrifices. L’un défendra les intérêts de sa mère patrie, l’autre les intérêts de son maître en Afrique. Des voix panafricaines se lèvent pour dénoncer le masochisme paternaliste de la France. Elles disent ne pas demander à la France une réforme, mais la fin de l’existence de cette « monnaie coloniale ».

L’influence de la France a baissé en Afrique. Elle n’y occupe plus que la 5ème place dans les affaires. L’Allemagne, la Chine, l’Inde et la Turquie l’ont relégué en classe inférieure. Mais beaucoup plus, c’est son arrogance qui lui a donné des œillets. Elle n’y avait cessé d’agir comme en terrain conquis. Conscient du réveil du plus vaste et potentiellement le plus riche continent au monde, Emmanuel Macron a vite fait de créer un cabinet pour le conseiller sur les Affaires africaines. Pour se départir de la sémantique « Monsieur Afrique de l’Elysée », il l’a nommé Conseil Présidentiel pour l’Afrique (CPA). Une nouvelle France-Afrique (Françafrique 2.0. Elle est composé de franco-Africains. A sa tête, un coordonnateur, le Béninois Wilfrid Lauriano do Rego. C’est ce Conseil qui, face à la perte d’influence politique et économique de la France sur le continent, l’a conseillé de multiplier les actions et les discours en faveur de l’Afrique et de sa diaspora.

Sauver le Franc CFA pour quel intérêt ?

On a connu le 27 août 2019 sa rencontre avec 400 Français d’origine africaine qualifiés pompeusement de « diaspora africaine ». Ce conseil a façonné son discours à la Conférence des ambassadeurs à l’Élysée. On y a vu Emmanuel Macron insister sur le fait que les stratégies françaises doivent désormais se « concevoir avec nos partenaires africains » et être portées « avec eux et pour eux ». Macron a expliqué aux représentants de la diplomatie française qu’ « une relation avec l’Afrique basée sur un sentiment ou parfois des réalités d’asymétrie » n’était plus d’actualité. Une lapalissade énoncée en mondovision par le Président de la France résume tout : « Nous sommes en train de vivre la fin de l’hégémonie occidentale sur le monde ».

Commencent-ils enfin à comprendre ? Pour Jean-Claude Félix-Tchicaya, chercheur pour l’Institut de prospective et sécurité en Europe (IPSE), « Emmanuel Macron renouvelle les visions et on sent que son discours à Ouagadougou a évolué. Mais il faut que les paroles soient suivies d’actes ». La CPA ou la boîte à idées de Macron vient de le conseiller des débats autour de la réforme du Franc CFA. Alors que les enfants du continent futur du monde réfléchissent sur leur avenir monétaire, la France, tout comme Agrippine, s’agrippe au pouvoir et refuse de lâcher la source de son rayonnement. On sait ce qui était arrivé à celle qui voulait diriger Rome au moyen de son fils Néron. Pour ne pas se poser de vraies questions, Lionel Zinsou, économiste Franco-Béninois et ancien ministre du Bénin, membre du premier cercle d’Emmanuel Macron, tente de nous faire avaler la couleuvre. Pour lui, le Président Macron veut « changer les codes, balancer les clichés pour ne plus vivre avec les oripeaux du colonialisme, du néocolonialisme ou de l’anticolonialisme.

La poudre de perlimpinpin

Il faut cesser d’être dans un rapport hégémonique vis-à-vis de l’Afrique. C’est complètement dépassé ». Que du réchauffé ! Pour lui répondre, nos regards se sont tournés vers les aspirations des Africains pour qui, la réforme n’est que de la « poudre de perlimpinpin ». On ne réforme par ce qui est mort ou dont on a en horreur l’existence. Dans sa logique d’organiser une série de débats afin de recueillir des propositions de réforme du Franc CFA, le Conseil Présidentiel pour l’Afrique de Emmanuel Macron, aurait auditionné à huis clos dans les locaux de l’Agence Française de Développement (AFD), à Paris, l’économiste togolais Kako Nubukpo, selon le site du journal Jeune Afrique. Son nom est cité parmi ceux qui ont jeté la monnaie Franc CFA au feu. Pour ce dernier, comme pour la majorité des Africains en ce jour, le Franc CFA est une monnaie de « servitude ».

Le 14 octobre, la CPA sera donc à Science Po Paris pour la première conférence-débat sur la réforme du Franc CFA. On ne cessera jamais de se poser la question à savoir pourquoi celui qui jure n’avoir aucun intérêt dans cette monnaie fait-il autant pour qu’elle ne lui échappe pas. Mais aussi comment et pourquoi elle réussit à faire des débats sur la réforme d’une monnaie étrangère et dont elle nie publiquement la propriété. Si cela se passe en France à chaque fois, alors le Franc CFA est-il la monnaie des pays d’Afrique francophone ? Ainsi, tout porte à croire que le schéma colonial, celui de la servitude monétaire et du nazisme monétaire n’a jamais cessé dans les rapports entre la France et ses anciennes colonies ou Etats sous tutelle.

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Simon Ngaka

Directeur de la Publication de Saimondy, Journaliste à l'hebdomadaire "ça presse", Analyste géopolitique, Écrivain, Ingénieur de son, Auteur - Compositeur et Producteur de musique. Simon Ngaka est aussi webmaster. En 2009, il met sur pied le groupe des sites de communication Saimondy (.com, .net, .org. et acheteraucameroun.com). Téléphone : +237 - 699340064 / Email: saimondy@gmail.com

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