Burkina Faso : Compaoré, Françafrique, terrorisme et Damiba

Pour taire le terrorisme au Faso, Blaise Compaoré aurait négocié sa tête contre son retour dans la scène géopolitique Burkinabé. En était-il vraiment parti ? Si ses prédécesseurs l’ont presque tous trahi, Damiba, son ancien homme de main, semble lui être resté fidèle. L’image de Blaise Compaoré libre auprès de l’actuel homme fort du Burkina Faso, le Lieutenant-Colonel Damiba, est d’une imprévisible insolite à nulle autre pareille. L’ancien chef de l’Etat du Pays des Hommes intègres en exil en Côte d’Ivoire a refoulé officiellement pour la première fois le sol de ses ancêtres depuis son éviction du siège présidentiel en 2014. Après 27 ans d’un règne sans partage. (LIRE AUSSI : Burkina Faso : l’effet Goïta se propage en Afrique de l’Ouest et au Sahel).




Insolite sur le plan de l’image politique du nouvel homme fort de Ouagadougou qui semble remplir une mission que ne lui a pas confié le peuple Burkinabè après son coup de force armé du 24 janvier 2022. Et incongrue sur le plan juridique parce que nous parlons d’un personnage publique reconnu coupable et condamné à perpétuité par contumace dans l’affaire de l’assassinat en 1987 de Thomas Isidore Sankara par la justice de son pays. En chair et en os au Pays, le pouvoir en place l’a laissé repartir libre en Côte d’Ivoire sans manquer en plus de lui dérouler le tapis rouge. Pour d’aucuns, on venait d’assister là à une seconde mort de Thomas Sankara et pour d’autres, l’actuel pouvoir doit rendre compte du mépris envers les décisions de justice de la république du Faso.

Prisme géopolitique de Compaoré

Le passage du 7 au 9 juillet dernier de Blaise Compaoré à Ouagadougou a divisé la classe politique de cet Etat. Mais il a beaucoup plus montré que l’homme est en réalité sorti définitivement du cœur du grand peuple Burkinabè. Celui-ci n’est pas allé sur 4 chemins pour le lui signifier par moult débats dans les médias classiques et nouveaux. L’ancien président était entouré de sa femme Chantal et de sa fille Jamila pour ce séjour de test sur le ressenti de ses concitoyens. Officiellement, il est venu prendre part à une rencontre entre anciens chef d’Etat comme l’a souhaité Damiba. Selon certaines sources bien introduites, la situation sécuritaire du pays a été l’objet principal de sa venue.




Certains présidents tels qu’Isaac Zida (2014, réfugié au Canada), Michel Kafando (2014-2015, malade) et Christian Roch Marc Kaboré (empêché) ne sont pas venus. Comme Président, ce dernier s’était opposé à faire revenir ce pion trop gênant de la françafrique dans le jeu géopolitique au Sahel, malgré les pressions françaises. Loin de toute émotivité issue du passé et des actes odieux de Compaoré à la tête du Burkina depuis plus de 27 ans, tout semble indiquer que sa venue au Burkina est liée aux multiples attentats perpétrés par des groupes terroristes au Nord du Burkina Faso. Des attentats qui ont vu le jour quelques mois seulement après qu’il soit chassé du pouvoir.

L’homme des pactes et des compromis françafricains

Grand négociateur, d’après la France, dans des conflits activés par l’occident sur le sol africain, le voici également aux yeux du monde, réconciliateur entre  groupes terroristes et le pouvoir Burkinabè. Personne n’ignore plus depuis la tenue du procès de Sankara que l’ancien chef d’Etat du Faso avait des liens étroits avec les terroristes. Tout au moins, qu’il avait signé des pactes de non-agression de son pays avec ceux-ci. On comprend facilement pourquoi Christian Roch Marc Kaboré n’a pas pu éradiquer ces groupes durant tout le temps qu’il a été à la tête de ce pays.




Le communiqué conjoint de Blaise Compaoré et Jean-Baptiste Ouédraogo (1982-1983) à la fin de la rencontre appelle au « dépassement des clivages politiques, générationnels, ethniques, religieux et autres croyances traditionnelles ». La question que chacun devra se poser est celle de savoir si le meurtre sur la personne de Thomas Sankara doit passer en pertes et profits pour « rebâtir ensemble les fondements du pays dans un sursaut patriotique ». Une autre incongruité dans la mesure où ce sont les fossoyeurs de la république qui pondent ce jour un communiqué pour réconcilier un peuple qu’ils ont longtemps martyrisé. Pour pardonner, faut-il encore demander le « pardon » loin du voile des mots qui cachent notre vraie pensée. (LIRE AUSSI : Sandaogo Damiba déclaré Président de la République du Burkina Faso).

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