Soudan : L’armée dépose Omar El-Béchir contre le peuple

Omar-El-Bechir, ancien Président du Soudan

Âgé de 75 ans, et durant trois décennies, Omar El-Béchir aura tenu son pays d’une main de fer après être lui-même parvenu au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat en 1989. Il vient d’être déposé par les militaires. Mais le peuple refuse ce coup de force et continue son sit-in devant le ministère de la défense. Refusant de démissionner, Omar El-Bechir, militaire de carrière depuis l’âge de 14 ans, avait décrété l’état d’urgence le 22 février sur l’ensemble du territoire après avoir tenté de réprimer le mouvement par la force.

Il fera pourtant quelques concessions. Il limogera le gouvernement et cédera sa place à la tête du Parti du Congrès Nationaliste (PCN). Mais nièt ! Les manifestants exigent son départ. L’ampleur de la contestation avait alors fortement baissé jusqu’à une nouvelle mobilisation le samedi, 6 avril. La foule de manifestants avait opté pour la stratégie de se rassembler plutôt devant le QG de l’armée, à Khartoum, pour demander aux militaires de rallier le mouvement.

El-Béchir fragilisé par les USA

La décision du gouvernement de tripler le prix du pain le 19 décembre avait tout déclenché dans un pays en plein marasme économique. Le Soudan ne se porte pas bien depuis qu’il a été amputé des trois quarts de ses réserves de pétrole avec l’indépendance du Soudan du Sud en 2011. Ce pays est notamment fragilisé par un embargo économique imposé par les Etats-Unis en 1997, en raison de violations présumées des droits humains et de liens avec le « terrorisme ». L’embargo a été finalement levé en 2017, mais sans déboucher sur les bénéfices escomptés. La livre soudanaise a dû être dévaluée et les prix ne cessent de grimper : 40 % d’inflation en 2017, 70 % en 2019. Même les provinces relativement épargnées par la crise sont aujourd’hui touchées. Et c’est à juste titre que les mouvements de protestation ont débuté dans les régions agricoles, avant de gagner la capitale. 113 jours de manifestations avec, à la fin, le slogan « Le régime est tombé, le régime est tombé », ont donc eu raison de l’un des plus anciens présidents en exercice du continent africain. Les événements qui ont conduit à son écartement du pouvoir, du moins de son exercice en tant que chef d’Etat, se sont enchaînés ces derniers six jours devant le siège de l’armée. Face à l’ampleur de la manifestation, il a été lâché par l’aile idéologique du PCN, le parti au pouvoir. Selon le bilan officiel, on parle de 49 morts depuis le début du mouvement. C’est le ministre de la Défense lui-même, Ahmed Awad Ibn Auf, qui l’a annoncé à la télévision d’Etat : « J’annonce, en tant que ministre de la Défense, la chute du régime et le placement en détention dans un lieu sûr de son chef ».

Omar El-Béchir ne partira pas seul

Le Président Omar el-Béchir est actuellement détenu par les militaires et se trouve d’après le ministre « en lieu sûr ». Il a également indiqué que la Constitution était suspendue pour le moment et que des élections seraient organisées après une période de transition de deux ans. Durant cette période, c’est un conseil militaire qui administrera le Soudan. Et c’est ici que l’on commence à crier à la victoire volée. Certes, les Soudanais voulaient qu’il parte, mais avec tout le système en place. Ils veulent donc plutôt les voir tous partis. Les milliers de protestataires qui demandaient à l’armée de rejoindre la manifestation pour faire partir Omar El Béchir ont refusé, depuis l’annonce de sa mise à l’écart et la gestion de la transition pendant deux années par un conseil militaire, de quitter le devant des bâtiments de la Défense.

Pour une raison simple, ils ne demandaient pas un coup d’Etat, surtout pas celui après lequel les mêmes au pouvoir depuis trente années vont revenir s’asseoir après qu’un des leurs soit écarté. Les meneurs du mouvement de contestation au Soudan rejettent le coup d’État de l’armée et promettent de poursuivre les manifestations. « Le régime a mené un coup d’État militaire en présentant encore les mêmes visages (…) contre lesquels notre peuple s’est élevé », a indiqué dans un communiqué l’Alliance pour la liberté et le changement, appelant les Soudanais à « continuer son sit-in devant le quartier général de l’armée (à Khartoum) et à travers le pays ». Rachid Saeed Yacoub, porte-parole de l’Association des professionnels soudanais, organe qui a lancé le mouvement de contestation en décembre dernier salue la destitution d’Omar el-Béchir mais affirme que le mouvement n’est pas terminé.

Victoire volée au Soudan comme partout ailleurs en Afrique

« On a demandé à ce que l’armée constitue un groupe pour discuter avec nous sur les modalités de transition. L’armée a décidé d’agir toute seule et de se passer de nousOn demande aux Soudanais de rester dans la rue, de continuer leur sit-in devant le QG de l’armée et dans les grandes villes du pays. On ne va pas laisser l’armée diriger toute seule la période de transition. On ne peut pas se contenter d’une déclaration unilatérale de l’armée. ». Ainsi, comme au Zimbabwe, en Algérie, au Burkina Faso, partout où des citoyens se sont levés pensant faire tomber un système en place, c’est les pontes du régime et les fidèles de l’ancien homme fort du pays qui ont su reprendre les choses en mains. Dans un communiqué, Moussa Faki, le président de la Commission de l’Union Africaine (UA) déclare que « La prise de pouvoir par l’armée n’est pas la réponse appropriée aux défis auxquels est confronté le Soudan et aux aspirations de son peuple », tandis que Antonio Guterres, le Secrétaire général de l’ONU réclame que la transition au Soudan respecte le désir de démocratie des Soudanais avec un communiqué qui s’abstient de condamner le coup d’Etat militaire. Le Secrétaire général « réitère son appel au calme et à la plus grande retenue de tous ».

L’armée ordonne aux manifestants de respecter le couvre-feu nocturne. « J’annonce un couvre-feu pour un mois, de 22 h (20 h TU) à 4 h (2 h TU) », a déclaré le ministre de la Défense, Ahmed Awad Ibn Auf. Le ministère soudanais de la Défense a annoncé la fermeture des frontières et de l’espace aérien jusqu’à nouvel ordre. Dans la foulée, ceux qui se pensent Communauté internationale, les Etats-Unis et les cinq pays européens membres du Conseil de sécurité de l’ONU (France, Royaume-Uni, Allemagne, Belgique et Pologne) ont demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité sur le Soudan. La session à huis clos devrait se dérouler ce vendredi 12 avril 2019. L’Egypte exprime sa « confiance dans la capacité du peuple frère soudanais et de son armée nationale loyale » et exprime son « soutien total aux choix du peuple soudanais », appelant même « la communauté internationale à (les) soutenir (…) dans cette phase historique cruciale », de la voix de son ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. Mais une question reste un gros point d’interrogation dans tous les esprits: qui va diriger le Soudan pendant ces deux ans de transition ? Aucun bord ne semble être d’accord avec l’autre. On va droit aux troubles si le patriotisme ne gagne les soudanais.

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Simon Ngaka

Directeur de la Publication de Saimondy, Journaliste à l'hebdomadaire "ça presse", Analyste géopolitique, Écrivain, Ingénieur de son, Auteur - Compositeur et Producteur de musique. Simon Ngaka est aussi webmaster. En 2009, il met sur pied le groupe des sites de communication Saimondy (.com, .net, .org. et acheteraucameroun.com). Téléphone : +237 - 699340064 / Email: saimondy@gmail.com

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