Discours de Paul Biya : l’art de répondre à chacun sans nommer personne

Paul Biya, discours janvier 2017

Ce qui frappe de prime à bord dans le discours du Président Paul Biya du 10 septembre 2019 est son expression voulue simple. Une adresse claire sur la situation sociopolitique du Cameroun. En français facile. Mais diplomatique. Accompagné d’une posture profondément magistrale, le discours du Président Paul Biya a été peint de beaucoup d’éclaircis car il a su balayer des espoirs surréalistes de certains hommes politiques et de leurs alliés. Dans sa sortie, Paul Biya a longuement diffusé sa pensée sur le rôle de la justice dans cette crise sociopolitique. Le pouvoir juridictionnel est devenu en quelques années au Cameroun un axe singulièrement important pour l’apaisement des malaises sociaux, dans leur globalité.

Selon qu’on est pour ou contre le régime en place, la lettre et l’esprit de la loi au Cameroun ont eu une lecture et une interprétation différentes. Certains en ont même fait l’objet des enchères à la tenue d’un dialogue nationale. Mais au soir du 10 septembre dernier, Paul Biya pense que « La propagande des sécessionnistes a voulu présenter les décisions de justice récemment rendues à l’encontre d’un certain nombre de nos compatriotes, dans le contexte de cette crise, comme un obstacle au dialogue envisagé. ». Nous y voyons passer en filigrane la condamnation de Ayuk Tabe à une lourde peine. Pour le Président Paul Biya, « Il n’en est rien […] le respect de la règle de droit et la lutte contre l’impunité constituent les piliers de la consolidation de l’Etat de droit. ». En fait, dans la guerre de communication par médias interposés que les acteurs politiques ont imposés aux autres Camerounais, le combat de coqs épouse la désinformation.

Kamto comme Ayuk Tabe ?

Pour conquérir le pouvoir, des enseignants, avocats et parents ont lu les dispositions de la loi à la télé en prêchant chacun pour sa chapelle, mais non pas dans l’intérêt national. Toute lecture et explication du moindre article de la loi devient politique. Mais que penser de ces politiciens qui ont pensé utiliser les médias, de même que leurs alliés exogènes comme moyens pour faire plier le Gouvernement à leurs idées ? Comme ces diplomates étrangers de l’Union européenne ou du Congrès américain, ces « amis » du Cameroun qui se sont essayés à affaiblir le régime de Yaoundé ? A ceux-là, le Président Paul Biya  a cette phrase : « A l’interne comme à l’international, chacun y est allé de ses propositions et de ses suggestions. Certaines d’entre elles réalistes, d’autres nettement moins. Les conseils ont afflué. Certains avisés, d’autres intéressés. D’aucuns se sont même risqués à des injonctions ».

Ici c’est l’ombre de Tibor Nagy qui vient de défiler en arrière-plan. Avoir intérêt n’est pas avoir qualité. A la télé, ils ont pris leurs croyances et leurs espérances pour dogmes. Par eux, la haine entre Camerounais et contre le Gouvernement est subtilement diffusée. Malgré tous ces coups, la position du Gouvernement quant à l’action de la justice n’a pas variée. « Fouler aux pieds la règle de droit et assurer l’impunité à certains citoyens, aboutiraient à préparer le lit de l’anarchie. », a dit Paul Biya. Pourrait-on être plus clair quant à l’issu de ce qui attend Maurice Kamto, le leader du MRC, s’il est établit qu’il a violé une règle de droit ? Son procès aboutira à une sanction. Sûrement pas aussi lourde que celle du Chef séparatiste Ayuk Tabe. Il serait difficile d’en entrevoir autrement.

Paul Biya pour une grâce ?

Le seul fait de s’autoproclamer « Président de la République du Cameroun » le lendemain de l’élection présidentielle rend coupable. Un mépris ostentatoire au statut juridique du Conseil Constitutionnel, « seul organe habilité » au Cameroun « à proclamer » qui a gagné les élections. Ne parlons pas de ce qu’il a dit de la sécurité du Paul Biya et de « sa Famille ». Pour le tirer de là, ses conseils devraient démonter ces inébranlables devant les juges du Tribunal militaire. Par la suite, Paul Biya va « dissiper les rumeurs selon lesquelles, l’on peut tranquillement piller, violer, incendier, kidnapper, mutiler, assassiner, dans l’espoir qu’un éventuel dialogue permettra d’effacer tous ces crimes et assurera l’impunité à leurs auteurs. Une telle façon de penser ne peut qu’encourager la perpétuation des violences dans les régions en crise et même en susciter dans les régions où il n’y en a pas, ainsi que nous l’enseigne l’expérience vécue par plusieurs pays dans le monde. ».

Ceci semble être une réponse claire aux politiciens qui encouragent par leurs postures les exactions dans les régions en crise et pensent faire du Cameroun un Etat de non droit. La primauté de la loi est ici posée. Celui qui va contre la loi doit d’abord se soumettre à la rigueur de cette même loi avant d’espérer un éventuel pardon du peuple ou une grâce présidentielle. Son casier judiciaire, son bulletin N°3, devra d’abord être chargé avant toute autre porte ouverte. Le chef d’Etat précise que « dans le cadre d’un dialogue, d’un processus de paix ou de réconciliation nationale, il puisse être envisagé l’éventualité d’un pardon, dans certaines conditions. Il est tout également vrai qu’aux termes de notre Constitution, le Chef de l’Etat est habilité à user d’un droit de grâce. ».

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Simon Ngaka

Directeur de la Publication de Saimondy, Journaliste à l'hebdomadaire "ça presse", Analyste géopolitique, Écrivain, Ingénieur de son, Auteur - Compositeur et Producteur de musique. Simon Ngaka est aussi webmaster. En 2009, il met sur pied le groupe des sites de communication Saimondy (.com, .net, .org. et acheteraucameroun.com). Téléphone : +237 - 699340064 / Email: saimondy@gmail.com

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