Yves de Mbella : au sens du droit à l’information : amalgames entre prévention et apologie (du viol)

Yves de Mbella

Il est bien beau de suivre la masse contre Yves de Mbella. Cependant, les femmes doivent-elles continuer à subir les viols et autres violences sans savoir comment cela arrive, ni comment leur bourreaux les préméditent ? Doivent-elles rester dans l’ignorance des techniques appliquées par des violeurs, de leurs méthodes ? Savoir ou ne pas savoir, que préférons-nous pour nous-mêmes et pour les autres ? Yves de Mbella n’est pas le premier à aborder ni les questions de viol sur un plateau avec humour pour dédramatiser et offrir de l’espoir. Sur les questions de viol, de terrorisme et de meurtre avec une pointe de rire pour rendre moins pourri le monde, David Letterman et Oprah Winfrey l’ont fait bien avant lui sans rien écoper, au nom du droit à l’information.




Lorsque l’intention d’un animateur est détournée à d’autres fins, cela donne du buzz. « Je suis sincèrement désolé d’avoir choqué en voulant sensibiliser », affirme l’homme face aux pointes reçues des un(e)s et des autres. L’animateur Yves de Mbella a été condamné à 12 mois avec sursis et interdiction de voyager sur des territoires de Côte d’Ivoire autres qu’Abidjan pendant 24 mois. Personne ne parle de Loic Follauroux, propriétaire de la NCI et fils de Dominique Ouattara, 1ère dame de Côte d’Ivoire. Yves de Mbella aura souhaité avoir plutôt des remerciements après avoir diffusé à la télé à une heure de grande écoute des mécanismes de viol d’un ancien violeur. Mais c’est le contraire qui s’en est produit. Le Camerounais devenu par la force du travail et des buzz l’animateur le plus populaire de toute la Côte d’Ivoire a produit le 30 août 2021 un simulacre de viol fait par Kader Traoré sur un mannequin. Cet ancien vrai violeur l’a fait directement sur le plateau de son émission « La télé d’ici Vacances » diffusée sur la NCI.

Yves de Mbella paye le buzz de trop ?

Cela n’a pas plu aux nombreuses ONG des droits de femmes et des libertés diverses, et autres ligues de droits des femmes de ce pays dont une pétition a recueilli en quelques heures plus de 40 000 signatures, qui ont pris sur elles de porter plainte contre cet animateur qui venait de violer une fois de plus leur intimité et leur conscience. Ces organismes vont aller jusqu’à demander la suppression de l’émission, la condamnation ferme de son animateur et de l’ancien violeur. Car pour certains leaders femmes, l’intention d’Yves de Mbella dans cette émission, était de montrer que ce sont les femmes qui provoquent le viol et pire, que certaines y trouvent même du plaisir.




Des conséquences multiples se sont enchaînées sur le champ : Cheick Yvanne la directrice des programmes de la NCI a été entendue dans les locaux de la police criminelle et relâchée purement et simplement. Quant à Yves de Mbella, il a été déféré devant le procureur dans une procédure d’apologie au viol d’où il s’en est sorti condamné à 12 mois avec sursis et une amende de 2 millions de FCFA. La HACA, notre CNC nationale, avait d’ailleurs déjà frappé Yves de Mbella le jour même de 30 jours d’interdiction de toute apparition à la radio et à la télé. En plus de la suspension de son émission par la NCI et son remplacement par le COMICI comme présentateur de Miss Côte d’Ivoire. Ceci malgré sa demande d’excuses via sa page Facebook où il a écrit « je suis sincèrement désolé d’avoir choqué en voulant sensibiliser ». Pour le cas du violeur repenti, Kader Traoré, qui pensait agir pour la bonne cause, depuis le mercredi 1er septembre, il a écopé de 24 mois de prison ferme et 500 mille FCFA d’amende.

Le positif mis sous le boisseau

Ce qui est mis en avant est l’apologie du viol et le choc que beaucoup ont eu à entendre ce violeur repenti faire son show à la télé. Les mots sont choquants certes et la scène presque incroyables. Seulement, n’oublions pas que le but de cette émission était de donner aux femmes les moyens psychologiques et mentaux pour se sortir d’une tentative de viol. D’ailleurs le rire et les applaudissements des personnes présentes sur le plateau en disent long sur leur Etat psychologique à ce moment-là. Ainsi, et sûrement ce qui a été présenté pour que l’émission se fasse, le premier souci était de sensibiliser dans ce pays où le viol a explosé depuis plus de 10 ans, atteignant le seuil de l’intolérable avec plusieurs cas de viol par jour. Selon l’ONG ivoirienne Citoyen pour la promotion et la promotion des droits d’enfants, femmes et minorités, la seule ville d’Abidjan a connu en 2 années seulement 1121 cas viols établis et 416 féminicides.




On reste donc clairement dans la problématique de comment sensibiliser pour ne pas enregistrer de prochaines victimes, à présent que choquer l’opinion est la mauvaise méthode pour faire cesser des agressions sexuelles. Ce qui est gênant dans cette histoire est que le Camerounais Yves de Mbella est une vache à lait à traire tant qu’elle peut produire de l’argent et de la renommée au proprio de NCI, Monsieur Loïc Follauroux. Lorsque tout va bien, que dans ses buzz il fait briller Radio Nostalgie et la NCI, les fleurs sont données à son employeur. Mais à présent que tout est allé de travers, la HACA s’est empressée de mettre hors circuit cet animateur pour 30 jours sans dire un mot au fils de la première dame de Côte d’Ivoire qui est le responsable de cette télé. Qu’en penser à la fin ? Ou attendre voir comment elle va y arriver ?

Simon Ngaka

Directeur de la Publication de Saimondy, Journaliste à l'hebdomadaire "ça presse", Analyste géopolitique, Écrivain, Ingénieur de son, Auteur - Compositeur et Producteur de musique. Simon Ngaka est aussi webmaster. En 2009, il met sur pied le groupe des sites de communication Saimondy (.com, .net, .org. et acheteraucameroun.com). Téléphone : +237 - 699340064 / Email: saimondy@gmail.com

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